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Échange épaule contre bonbons

dim, 03/31/2013 - 14:14 -- admin

Échange epaule contre bonbons

Iswan Sual

Échange épaule contre bonbons

Huit nouvelles, version bilingue, traduites par Odile Loiret-Caille 
Permen untuk Bahu, Éd. The Humanizer College, Tondei Manado, 2012
ISBN 979-10-91125-06-2
15 euros, frais d'envoi 2 euros

Si vous n'avez pas pu vous rendre au Salon du livre (où dimanche 24 mars encore, Angela et Wilma sont sur le stand K83), vous pouvez commander le dernier né de Pasar Malam/Collection du banian par courriel et nous vous l'enverrons chez vous, 17 euros*, frais d'envoi compris.

Avant-propos
Dominique Maison

Des jolies filles et des noceurs ...

Voici ce qui sortirait probablement spontanément d'une discussion avec un Indonésien si le nom de « Manado » était évoqué.

Après tout, lorsqu'on a plus de 240 millions de concitoyens, le cliché fournit un mode de classement aussi pratique qu'économique au regard des moyens que demandent de parcourir son propre pays.

Il pourrait sembler d'autant plus difficile au lecteur francophone ouvrant ce recueil de donner un visage à la région de Manado. Il n'en aura pas besoin. En effet, c'est l'un des tours de force d'Iswan Sual de l'accompagner patiemment, nouvelle après nouvelle, dans ce qui fait ou défait son quotidien. L'invitation à un tel voyage peut sembler incongrue, mais elle est aussi candide que celle d'échanger une épaule contre des bonbons.

La bluette mène pourtant bien au-delà des quelques émois d'un court trajet en bus. En arrière plan du flirt, la famille observe, examine, trie au besoin en éloignant Kamang de sa petite amie (cf. Je te regrette tant, Desi !).

De quel milieu social et culturel vient donc ce prétendant ? Il a beau fantasmer sur la peau blanche qui fait le charme prêté aux jeunes Indonésiennes d'origine chinoise, les parents peuvent ne pas consentir à une telle fréquentation. Les habitants de Manado d'origine chinoise sont pourtant établis depuis longtemps sur ces rivages, où les fils de l'Empire du Milieu venaient dès l'antiquité se procurer épices et produits naturels nécessaires à leur pharmacopée et à leur cuisine. Les temples et pagodes ont poussé, les fêtes du Nouvel An chinois restent célébrées avec éclat sans le moindre ressentiment entre communautés.

Pour autant, un garçon doit faire bonne figure : quel est son parcours, est-il prometteur ? Réussir, c'est d'abord faire des études pour sortir du monde agricole, où le travail est pénible et sans avenir. Tout en bas de l'échelle, sans terre à louer, on reste au village à fabriquer du sucre de palme. Grimper dans l'échelle sociale demande des sacrifices : on gage des terres, son nom, son salaire, on s'endette parfois au-delà du raisonnable pour léguer à un enfant l'espoir d'une vie meilleure (cf. Comment l'Etat récompense nos héros .).
Les diplômes constituent la voie royale hors du monde rural. Même ainsi cependant, l'avenir n'est pas tout tracé. Il faut attendre ou négocier une place, jouer des coudes si l'on veut espérer obtenir le graal : un emploi dans l'administration, promesse de stabilité, voire de juteuses combines auxquelles pousse un système qui rétribue chichement le service du pays.

Depuis deux siècles, ce sont ces mêmes raisons qui ont régulièrement poussé les jeunes de la région à émigrer dans l'espoir de revenir un jour au village riches et considérés. Des études à l'étranger avec une bourse, à défaut, le prestige d'une carrière d'hôtesse de l'air promettent un avenir meilleur. Mais il faut partir pour revenir.

Tous ne reviennent d'ailleurs pas, victimes d'accidents (cf. Une si douce vengeance), ou de leurs rêves, comme ces filles vendues dans le reste de l'archipel pour le charme qui fait leur réputation (cf. Qui est donc cet enfant que l'on cherche ?).

Pour les autres, la réussite prend les traits d'une richesse ostentatoire, promesse d'accès à une consommation. Forme de réussite alternative, l'enseignement est depuis longtemps un facteur envié de promotion sociale, permettant notamment de s'insérer dans l'économie locale mais aussi dans les circuits de représentation et de pouvoir.

A ceux qui n'ont ni les faveurs de la chance ni les appuis suffisants, la honte de devoir rentrer au village. Ils sont désormais inaptes au travail des champs, que leurs familles pensaient leur épargner à force de sacrifices. Déclassés, sans l'emploi que leur diplôme leur faisait espérer, leur désenchantement nourrit une fracture entre générations. Les parents tiennent encore à un système communautaire, tandis que leurs enfants sont bercés par les tentations de la ville avec sa société de consommation.

Pour qui ne peut se soustraire au village, reste la patience et la sagesse lucide d'un Yosi, d'Un célibataire endurci, ou les amourettes des jeunes qui pressentent, comme Yosi, que le mariage, marque de l'entrée dans la vie adulte, ne leur offrira qu'un rôle de soutien de famille ou de ménagère modèle dédiée corps et âme à son foyer.

Sous les teintes sombres qui imprègnent les nouvelles d'Iswan Sual, arrivent à poindre des touches vives et plus gaies. A la différence de la ville et du monde du travail, la solidarité est de mise au village. Echaudés par les plaisanteries de Sende'U Kiaba, ses collègues n'en viennent pas moins l'aider, penauds. Et l'on peut être paresseux, pourvu que l'on montre ruse et culot pour se procurer des fruits convoités (cf. Un jeune paresseux). S'y ajoute un élément que Sual transmet subtilement et qui va de pair avec l'attrait pour les horizons lointains : c'est la gentillesse avec laquelle est accueilli l'étranger (cf. Sende'U Kiaba), porteur des récits issus de contrées tant rêvées.

Sual mérite ce même accueil bienveillant du lecteur, lui qui nous apporte ces récits.

Les villageois y parlent en temboan, qui serait dit-on à l'origine du mot Manado. Il signifie « partir au loin ».
Acceptons donc cette invitation, en commençant par troquer une épaule contre des bonbons.

*Ceux qui avaient participé à la souscription recevront automatiquement ce livre chez eux.