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Le réveil du Phénix. Réflexions sur l’émergence indonésienne

mer, 02/20/2013 - 22:07 -- admin

Compte-rendu de la conférence de François Raillon du 13 février 2013
(Le réveil du Phénix. Réflexions sur l’émergence indonésienne)
Par Lydia Chaize

François RaillonFrançois Raillon à Indonesia le 13 février 2013, photo Sita Satoeti Phulpin.

Après avoir rappelé les chiffres-clés de l'Indonésie: 4ème pays du monde par sa population (±250 millions d'habitants), 16ème économie mondiale mais bientôt à la 10ème place, François Raillon nous redonne la définition du Phénix (l’oiseau qui se consume mais renaît toujours de ses cendres) et expose son point de vue sur l'émergence de l’archipel. Il distingue deux points: les facteurs et l'impermanence.

Quatre catégories de facteurs sont à l'œuvre pour hisser l'Indonésie vers la réussite :

-La différenciation sociale, en trois groupes majeurs : au milieu, la classe moyenne qui représente 50 à 60 millions d'habitants est dynamique et fortement consommatrice. Ses besoins entraînent les fournisseurs nationaux à développer leur production pour le marché local. Un deuxième groupe beaucoup moins nombreux mais très puissant, les oligarques, qui ont bâti leur fortune sur l'exploitation des matières premières et sur l’industrialisation du pays. Enfin, la classe ouvrière est nombreuse, active, et concurrentielle, par son bas coût : les usines délocalisées en Chine viennent ou reviennent s'implanter en Indonésie. Malgré les conflits, ces classes sociales semblent conjuguer leurs efforts pour aller de l'avant.

-L'autonomie : les matières premières diversifiées représentent une part importante des exportations alors que les cours sont tendanciellement élevés, ce qui confère une relative sécurité à l'Indonésie. A la différence de ses voisins asiatiques, l’économie indonésienne est moins impliquée dans le marché mondial, comme en témoigne son commerce extérieur (exportations+importations) dont la somme ne dépasse pas 40% de son PIB. Elle échappe ainsi, dans la dernière période, aux aléas de la conjoncture globale. Surtout, son immense marché intérieur qui "booste" l'économie permet au pays de traverser les crises mondiales sans trop de dommages.

-Les trésors naturels : ils sont considérables et variés. Pétrole, gaz naturel, minerais, ressources forestières et agricoles ... l'Indonésie regorge de richesses naturelles qu'elle consomme en partie mais qu’elle exporte également. La Chine voisine, aux besoins considérables, lui achète beaucoup et investit considérablement dans le pays.

-La démocratisation : les réformes politiques du président Habibie en 1998 ont jeté les bases d'un nouveau contrat social. Les élites issues du "soehartoïsme" se sont mises d'accord pour résoudre la lutte pour le pouvoir en employant des moyens pacifiques, c'est à dire électoraux. Par ailleurs, aujourd'hui, les "doléances" populaires s'expriment librement et les conflits sont ainsi partiellement évités ou évacués lors des élections.
On sait aussi que sur le plan mondial, les USA se tournent maintenant vers l'Asie (ils ont notamment beaucoup investi dans la démocratisation de l’archipel). L'Indonésie dans ce contexte joue un rôle de rempart entre la Chine et les USA, mais exploite aussi la rivalité entre les deux superpuissances pour préserver son autonomie.

En face de ces facteurs favorables, il faut évoquer l'autre versant que F. Raillon désigne comme "l'impermanence", c’est-à-dire la fragilité délétère des constructions humaines. L’impermanence est aussi une promesse de changement. La meilleure preuve en est ce réveil du Phénix (l’Indonésie) qui sur une durée de cent ans s'est toujours relevé de ses cendres même si ses échecs ont été nombreux.

L’actuel régime indonésien connaît des fragilités « classiques » et récurrentes :

- La corruption : elle se développe et se glisse dans les rouages de l’Etat et du marché, à la faveur de la décentralisation.

- L’extrémisme islamique qui n’est pas contrebalancé par des forces de gauche significatives, puisque le PKI (parti communiste indonésien) a été éliminé en 1965 et n’a pas été remplacé. Le PKI peut lui-même être comparé à un phénix puisqu’il a connu plusieurs effondrements (1925, 1948, 1965…).

Mais de façon plus structurelle, l’histoire indonésienne depuis plus d’un siècle fait apparaître une série d’élans et de mouvements en avant suivis de reculs ou d’échecs graves, à partir du « Réveil national » de 1908 (Budi Utomo). Comme si, de façon cyclique, l’archipel avait une propension malencontreuse "à jouer au bord du gouffre " (brinkmanship). Prête avec Soekarno dès 1945 à marcher vers le « Pont doré » de l’indépendance, l’Indonésie se lance dans des politiques aventureuses (new emerging forces, konfrontasi) qui débouchent sur la crise économique et sociale totale de 1965. Mais elle reprend ses efforts de croissance sous le régime développementaliste et autoritaire de Soeharto. Au point que dans les années 1990, on parlait déjà de "l'envol du Garuda", l'oiseau fabuleux de la mythologie hindouiste et bouddhiste qui est l'emblème du pays. Mais en 1998, avec la fin de l’ « Ordre nouveau », et la crise financière asiatique, le système bancaire, qui avait contribué au redémarrage de l'économie, fait faillite à la suite d’une dérégulation excessive et des erreurs et abus commis par les conglomérats. L'Indonésie est aspirée vers le gouffre (recul du PIB de 13%). Cependant, sur un siècle, cette alternance (dynamique ?) de mouvements de fond, tantôt positifs, tantôt négatifs, arrive à hisser l'Indonésie au niveau des autres pays émergents, et elle enregistre aujourd'hui une croissance moyenne de plus de 6% par an.

Pour conclure provisoirement, F. Raillon note que l'Indonésie, riche de nombreux atouts, porte en elle un vrai désir d'expansion sur la durée et souhaite dépasser le complexe d’échec. Entraînée dans une dynamique vertueuse où les facteurs favorables se cumulent, elle peut échapper aux aléas des conjonctures contradictoires en s'appuyant sur l'émancipation économique en cours et sur la consolidation démocratique, gages de stabilité.

François Raillon laisse ensuite la parole au public pour poser des questions.
Elles portent aussi bien sur les problèmes de la forêt, que sur les Chinois en Indonésie ou sur la situation du syndicalisme dans le pays.

A noter : le dernier numéro du Banian sur les problèmes de l'environnement. Un prochain numéro aura pour thème, les Chinois d’Indonésie.