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La littérature indonésienne : un continent à découvrir

Pasar Malam dans la presse

BIEF, La Lettre, juillet-août 2004

La littérature indonésienne : un continent à découvrir

La journée de littérature indonésienne, organisée par l'Association Pasar Malam, désire inscrire dans un contexte international les problèmes rencontrés par les auteurs et éditeurs indonésiens durant les trente années de règne du général Soeharto.

Le romancier Pramoedya Ananta Toer, après quinze années passées dans un camp de déportation, ne put publier que grâce à l'audace et au courage de son éditeur, Yoesoef Isak. Pram, comme on l'appelle familièrement, est fauteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont quatre ont été traduits en français: Corruption (Philippe Picquier), Le Fugitif (Plon), La Vie n'est pas une foire nocturne (Gallimard) et Le Monde des hommes (Rivages). Gallimard a sous presse un cinquième roman, Gadis Pantai, la fille du rivage . Pram, qui a depuis longtemps acquis une réputation internationale et dont le public indonésien attend depuis des années que lui soit décerné le prix Nobel, est le seul à bénéficier d'un tel palmarès. Rarissimes sont les autres auteurs traduits chez nous. Philippe Picquier a également publié, en 1992, un roman ( Télégramme ) du prolifique et inventif Putu Wijaya, et deux longues nouvelles, empreintes de raffinement et de sagesse, de Umar Kayam ( Javanaises ). Les trois romans de Ramadhan KH, Ajip Rosidi et Nasjah Djamin, publiés à Paris il y a trente ans, sont bien entendu épuisés. La littérature indonésienne, pourtant, ne manque pas de talents, et les traducteurs sont également disponibles.

Les littératures écrites sont apparues dans l'archipel indonésien dès le ix' siècle. Des oeuvres d'une très grande diversité ont été produites dans une demi-douzaine de langues (javanais, balinais, malais, bugis, batak, soundanais), sous l'effet du brassage des influences venues de l'Inde, de la Perse et du Moyen-Orient. La littérature moderne, rédigée dans la langue (l'indonésien) qui, dès 1928, fut choisie comme celle de la République qui naîtrait vingt ans plus tard, s'affirma spontanément comme l'expression de la nation et du nationalisme. Elle reflète les débats idéologiques et les problèmes de société auxquels s'est trouvé confronté le pays émergeant de trois siècles de domination européenne.

La littérature indonésienne, comme toutes les littératures d'Asie, présente l'attrait de nous faire pénétrer dans une société mal connue. Mais au-delà de son intérêt social et documentaire, elle nous offre aussi de véritables écrivains, qui mériteraient une audience internationale. Linus Suryadi, dans un long roman en vers libre, La Confession de Pariyem ,brasse avec humour, tendresse et sensualité les valeurs essentielles de la culture javanaise. Ayu Utami, quant à elle, dont le roman Saman est paru à la veille de la chute de Soeharto, inscrit des acteurs indonésiens dans des problématiques résolument internationales. Bonne nouvelle: il reste un continent à découvrir!

Henri Chambert-Loir
École Française d'Extrême-Orient 

Source, Bureau international de l'édition française, La Lettre n° 64, juillet-août 2004
http://www.bief.org