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La quête de Semar de Sindhunata

4e livre de la Collection du banian : La quête de Semar de Sindhunata
Titre original Semar Mencari Raga. Conte philosophique javanais, version bilingue, avec une note comportant quelques principes de prononciation de l’indonésien
Traduction de l'indonésien et présentation Nathalie Belin Ridwan, avant-propos Michel Cazenave

La quête de Semar de Sindhunata

Avant-propos de Michel Cazenave

Nous avons toujours tendance à oublier en France comme l’Inde a rayonné sur beaucoup des pays que nous regroupons sous le terme générique d’Asie – l’Inde de l’« hindouisme », d’abord, puis celle de cette réforme radicale du védisme classique qu’a représenté l’exemple de la longue méditation, puis de l’éveil du Bouddha.

Or, en attendant l’apparition bien plus tardive de l’Islam, comment ignorer à quel point ces représentations et ces conceptions du monde (j’hésite à employer les mots de philosophie ou de religion pour des « systèmes » qui débordent de toutes parts ce que nous entendons, en Occident, par ces termes) – disons : ces explications du destin d’être humain, ont diffusé jusque dans les îles de ce que nous dénommons aujourd’hui l ‘Indonésie ?
(Et ce seul nom, déjà, devrait nous faire réfléchir : comment ne pas entendre l’Inde dans l’Indo-nésie?).

Or, on se rend très vite compte, à lire ce texte de « La Quête de Semar », à quel point, dans son cadre générique et dans ses références souvent plus qu’implicites, l’imaginaire du sous-continent a largement gagné les îles de l’Indonésie et, bien sûr, plus particulièrement cette Java dont, dans notre ignorance crasse, nous nous sommes si longtemps moqué...
(Il suffit de se rappeler à ce propos comme, dans ma jeunesse encore, on disait sans la moindre vergogne de quelqu’un qui ne savait communiquer : « Il parle javanais » !)

Et pourtant, il ne faut rien exagérer non plus : si « La Quête de Semar » dérive à l’évidence de cette immense épopée qu’est le Mahâbhârata, on a vite fait de constater aussi comme le génie local s’en est emparé et a su réussir l’intégration de tant de données extérieures à l’esprit et à la relation propre que les habitants de Java ont, d’une immémoriale façon, entretenus avec leurs traditions particulières et leur négociation avec ce que j’appellerai, pour les besoins de la cause, les « caractéristiques de leur âme collective».

Je ne m’attarderai pas ici sur les conditions singulières dans laquelle cette œuvre a vu le jour : le traducteur s’en explique sans ambiguïté, et j’invite chaque lecteur à lire de ce point de vue la préface qu’il a écrite. (Encore que, me semble-t-il, on ne puisse faire l’économie de ces conditions, où l’on voit les motifs les plus reculés dans le temps rencontrer la modernité – dans un mélange étonnant où ce que nous nommerions trop facilement de l’ « archaïsme », se renouvelle et se régénère dans la confrontation avec nos temps actuels, de même que notre modernité, puisque modernité il y a , trouve toute sa profondeur, sa signification, et le socle de ces dernières, dans un passé certes révolu, mais néanmoins toujours présent dans le tréfonds des êtres).

A prendre connaissance de ce texte entre tous précieux, j’ai dû vite constater, par exemple, que je ne trouvais aucun équivalent de Semar dans l’épopée d’origine ; comme c’était à l’évidence une création du peuple javanais – et comme, sous son aspect de ce que les anthropologues appellent souvent untrickster, c’ est à dire, pour aller vite, un « bouffon divin », il permettait, par son humour, par sa mise en acte d’une sagesse populaire revenue de toutes les théories trop belles ou trop parfaites, par ce que des intellectuels incompréhensifs appelleraient sans doute son « ridicule » (mais il faut dès lors s’interroger sur le sens, sur le rôle et la fonction de ce « ridicule »), il permettait donc d’échapper à ce que la confrontation du Bien et du Mal pouvait avoir au départ de trop binaire et rigide - tout en prenant parti, mais sans se faire trop d’illusion, en faveur des forces du Bien puisque, sans l’existence du Mal, comment pourrions-nous définir ce qu’est le Bien, et que toute apparition de la lumière suppose, pour qu’elle fasse sens, qu’il y ait de l’ombre dont nous ne saurions nous défaire.

Comme nous sommes loin ici des leçons d’un texte comme celui de la Bhagavadgîta, qui ressort pourtant du même Mahâbhârata ! Et il suffit de relire les dernières lignes de notre conte pour en avoir immédiatement conscience : « Les Pandawa et les Kurawa gardent les yeux rivés vers le ciel, déçus d’avoir été abandonnés. Ils oublient que Semar et les enfants sont déjà à leur côté »...

Si je pouvais me résumer d’une phrase, je dirais : heureux sommes-nous de pouvoir bénéficier d’un tel témoignage, où l’on voit se conforter les unes les autres, la connaissance érudite et la perception ancestrale du monde comme il est dans toute sa bigarrure et toutes ses contradictions, la volonté du Bien et l’évaluation la plus réaliste de ce que nous sommes – à rebours de ce que, trop souvent, nous voulons croire de nous-mêmes, dans ce que la psychologie moderne dénommerait l’illusion du fantasme!

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La quête de Semar de Sindhunata
Titre original Semar Mencari Raga 
Conte philosophique javanais, version bilingue
Avec une note comportant quelques principes de prononciation de l’indonésien

Traduction de l'indonésien et présentation Nathalie Belin Ridwan
Préface Michel Cazenave

Prix 15 euros
120 pages
ISBN 978-2-9525727-7-4, EAN 9782952572774
Conception graphique Thomas Frisch www.eyrac.com

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