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Panta rhei comme l'eau qui coule ...

Panta rhei comme l'eau qui coule

Panta rhei
comme l'eau qui coule ...

Sukartini Silitonga-Djojohadikusumo

Éditions Pasar Malam, afi.pasar-malam@wanadoo.fr
Février 2015, Paris
Relecture et correction Ophélie de Clerq, Catherine Hue et Laurent Lederer
Couverture, Asu Island Perfection, 2012, œuvre de Scott Denholm, artiste peintre
ISBN 979-10-91125-15-4
152 pages
15€

Le livre que vous allez découvrir n’est pas celui d’un écrivain, encore moins celui d’un écrivain connu. Pourtant l’écriture en est belle, claire, touchante aussi.

C’est en toute modestie le témoignage d’une vie qui aura traversé l’histoire indonésienne, de la colonisation néerlandaise à nos jours.

Ce livre, madame Sukartini aurait pu ne jamais l’écrire car à quoi bon raconter sa vie ?
Mais parfois la vie vous échappe quand d’autres s’y intéressent.

C’est bien ce qui lui est arrivé quand, un beau matin, l’Université Indonésienne où elle avait longtemps enseigné lui a demandé d’écrire ses mémoires.
Après un moment d’étonnement, madame Sukartini s’est prise au jeu. Elle les a livrés à un de ses anciens étudiants, N. Palindih. Mais ce ne fut pas sans mal, il aura fallu se mettre au travail, faire fonctionner des souvenirs qu’elle avait cru oubliés et se rappeler de nouveau le temps qui avait passé. Le livre écrit en indonésien a été remis à l’Université. C’en était fini du long travail de mémoire.

Puis un jour, au détour d’une rencontre, une amitié s’est nouée avec Ophélie, une jeune femme belge[1]. Le livre a été retiré de l’étagère, puis a été relu. Il enthousiasma la jeune amie. L’idée d’une variante française germa alors dans l’esprit de madame Sukartini et enchanta sa jeune amie. Pourquoi pas, puisque madame Sukartini parlait couramment le français, elle se chargerait pour sa part de l’écriture.

C’est donc dans sa version française, sous son titre original « Pantai Rhei, comme l’eau qui coule », que le livre paraît aujourd’hui.

Le livre commence en 1943 aux Pays-Bas, madame Sukartini vient d’avoir 23 ans. Il y fait froid, on est en plein hiver, elle est seule, les souvenirs coulent à flot.

Son histoire familiale, ses frères et sœur et ses parents qu’elle admire. Un père à la carrière exceptionnelle, qui fondera la Banque Nationale d’Indonésie et la fondation Hatta, une mère admirable aussi, elle-même fondatrice des écoles Sumbangsih, un frère économiste qui deviendra un jour ministre ... Elle n’a pas tout dit, car c’est en lisant les mémoires de son père, « Reminiscences from 3 Historical Periods, a family tradition put in writing » (eh oui, elle sait de qui tenir ses talents d’écrivain !), qu’on découvre des ascendances aristocratiques : du côté paternel, un arrière-arrière-arrière grand-père, Pangeran Moerdoningrat, frère de Hamengku Buwono III et oncle de Diponegoro, un autre arrière-arrière grand-père, Raden Tumenggung Kartanegara « Banyak Wide », descendant de Paku Buwono III et commandant général de Diponegoro et, du côté maternel, un arrière-arrière grand père, Raden Tumenggung Wiroreno, partisan fidèle de Diponegoro. Quelle famille !

Son histoire personnelle, les années d’études, l’apprentissage des langues – anglais, français puis Bahasa Indonesia car, jusque-là, c’est en néerlandais qu’on parlait –, un amour de jeunesse contrarié, des expériences professionnelles multiples au ministère des affaires étrangères, au ministère de l’information, une carrière d’enseignante qui se dessine et qui finalement se confirme. Une vie sociale riche en rencontres, les jeunes indépendantistes, Sjahrir, Maria Ulfah, le milieu des expatriés français, l’Alliance française … Puis un mariage à l’âge de 37 ans, un mari aimé, des enfants désirés. Enfin la poursuite d’une carrière, et puis celle des œuvres de ses parents et de son mari décédés.

La vie a été bien remplie, l’avenir appartient désormais aux enfants et aux petits-enfants qu’elle accompagne.

Quand on lui demande où elle a puisé toute cette énergie, madame Sukartini répond qu’elle n’en sait rien, qu’elle a toujours été une grande sportive, qu’elle a toujours aimé la vie, qu’elle l’a toujours prise comme elle venait car la vie est comme l’eau qui coule…

Catherine Hue, décembre 2014

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[1] Ophélie de Clercq